Le Bizzi, la prostitution à l’ivoirienne : Enfin j’en ai fini.

Qui ne connaît pas cette célèbre maxime : « la prostitution est le plus vieux métier du monde ».

Qui ne connaît pas cette célèbre maxime : « la prostitution est le plus vieux métier du monde ». Et bien aucun pays du monde n’échappe à cette triste réalité et cela est devenu un phénomène social. Les raisons qui mènent à ce métier sont multiples : le manque d’argent, le manque de travail, vouloir vivre luxueusement sans effort, besoin d’aider la famille, payer ses études et passer des concours etc. Les dangers du milieu sont myriades, les agressions, les MST et parfois le SIDA, la mort, les viols, la prison… Plusieurs travailleurs du sexe rencontrés désirent de tout cœur quitter ce cercle infernal afin de bâtir une vie de famille. Il est parfois impossible pour les uns d’en sortir et cependant d’autres réussissent bien. Lisons le témoignage de N’guessan Carine, 26 ans et Ex-Bizzi (argo ivoirien qui signifie travailleur du sexe) qui a réussi à sortir du milieu. Elle nous dit la mentalité qu’il faut avoir pour sortir et résister aux tentatives d’après.

En Côte d’Ivoire, ce phénomène porte le nom Bizzi et est assez pratiqué par la jeunesse de 18 à 60 ans. Selon un recensement effectué en 2014 par l’ONG ESPACE CONFIANCE dirigée par le Docteur ANOMA Kamille, il existe seulement en Abidjan plus de 10.000 travailleurs du sexe et ce nombre s’est assez accru vu les évènements récents de la Côte d’Ivoire. Allons maintenant à notre témoignage du jour.

Je suis N’guessan Carine, j’ai 26 ans et je suis une ancienne Bizzi de 2017 à 2020 précisément de novembre 2017 à janvier 2020.

Comment vous entrez dans ce milieu ?

Je suis entrée dans ce milieu tout simplement parce que je voulais vivre une vie de luxe, comme des filles que je voyais au quartier, sans effort, et donc c’était le chemin le plus facile pour moi d’y parvenir.

À la question de savoir qui lui a conseillé ce métier, sa réponse est surprenante : « moi-même ». Une fois Monsieur X, un manager de bar que j’ignorais, m’aborde dans la rue. Dans ma tête c’était pour me draguer, mais à ma grande surprise, il me propose d’aller m’asseoir dans son bar chaque soir afin d’attirer les clients. Toute ma consommation était assurée par lui et c’est de là que tout est parti. Ce même soir quelqu’un m’a proposé d’aller avec lui pour 15000 FCFA pendant 1 heure. Impossible de refuser cette somme qui était une grâce venant de Dieu. De fil en aiguille, le goût me prenait et les tarifs augmentaient ; je me faisais 30000 à 60000 FCFA par soirée. Mon plus gros montant était 150.000 FCFA, là c’était des clients européens dans un grand hôtel d’Abidjan. Mais, le plus surprenant est qu’avec cet argent que je gagnais, il m’était difficile d’en faire bon usage. C’était simplement pour les habits, les pommades, les téléphones, les nourritures etc. Chaque jour j’étais en manque d’argent. Je devais donc coucher avec des inconnus au moins cinq fois par semaine.

Ce métier ne comporte-t-il pas de risques ?

Bien sûr, comme tout autre métier. Pour nous, ce sont les maladies sexuellement transmissibles qui nous guettent au quotidien. Pour cela on se préserve au maximum avec tous les moyens. Il y a les agressions qu’on subit de la part de nos clients et même la prison.

Au début vous me disiez que vous avez pu laisser ce métier. Je voudrais savoir ce qui vous a poussé à sortir du milieu.

Toutes les personnes de ce milieu veulent forcément arrêter un jour, mais comment y arriver, aussi comment je mange, comment je m’habille ? Je vivais la peur au quotidien avec les dangers cités plus haut. Ce sont toutes ces questions qui rendent notre sortie difficile, voire impossible. Mais moi, c’est lorsque j’ai raté à 2 reprises la prison, la première fois c’était à cause du fils d’un homme important du pays et la deuxième fois je sortais avec le chef d’un groupe de cambrioleurs sans le savoir. Ces deux événements m’ont faite prendre conscience et aussi je me disais qu’il était mieux d’avoir une vie stable vue que mon âge avançait. De là, j’ai pris mes clics et mes clacs pour m’en aller très loin.

Comment avez-vous réussi à sortir totalement du métier ?

Sérieusement, j’avais pris la bonne décision d’arrêter, mais au fil des temps c’était difficile pour moi avec les offres plus alléchantes que je recevais au quotidien. Et, pendant ce temps-là, je fais la rencontre d’une ONG du nom d’IYF (International Youth Fellowship) qui change ma vie carrément lors d’un programme. Dans cette ONG existe une branche spécialisée dans la résolution des problèmes des jeunes femmes. Elle m’a apprise à contrôler mes désirs, qui sont en réalité les motivations qui m’ont poussée dans ce métier.

Comment vaincre l’envie quand des propositions vous parviennent ?

Comme je l’ai dit c’est l’ONG qui m’a véritablement aidée. J’ai suivi plusieurs fois des cours de changement de mentalités, qui parlent du monde du cœur. Étant donné que tous les problèmes des hommes viennent du cœur, elle nous apprend à voir les choses autrement et mon cœur à moi était attiré par ce quevous savez déjà. La technique est simple : quand l’envie t’arrive de vouloir retourner, tu dois seulement expliquer cela à une personne ou à une des responsables de l’ONG. Et, après un entretien avec cette personne, je vous assure que cette envie disparaît du cœur sans effort. Cette ONG organise assez de programmes donc étant à chaque fois occupée, toutes ces choses te passent sans que tu le saches.

Que faites-vous aujourd’hui ?

Quelques temps après, cette ONG m’a permise de faire une formation service de chambre hôtellerie, organisée par l’Agence Emploi Jeune, une structure étatique. Cette formation est rémunérée et un compte épargne est ouvert dans une banque de la place pour qu’en fin de formation on l’utilise pour créer notre propre activité. Avec ça, j’arrive à survenir à mes petits besoins de femmes.

Pour finir quels conseils pouvez-vous donner à ces personnes qui sont encore dans ce domaine ?

Dans mon cas je me disais que je suis entrée seule dedans et donc que je devais sortir seule de là. Mais je vous assure, cette équation n’a pas marché. Il a fallu que je croise l’ONG IYF pour en finir réellement. Je conseille donc qu’elles rencontrent cette ONG et même d’autres ONG qui aident les jeunes femmes en difficultés.

Dernier mot.

Femmes,ne soyons plus cet objet sexuel car la bonne marche de la société dépend de nous.

Espérons que ce témoignage ne sera pas un vent qui passe, mais plutôt un vent qui touche le cœur et donne envie de changer car le changement commence maintenant.

Mr Dave

Amy Kouadio
Amy Kouadio
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